Introduction : Pourquoi auto-héberger Make en 2026
Les PME françaises font face à une réalité économique difficile : l’inflation des abonnements SaaS grignote les marges. Un abonnement Make cloud coûte entre 9€ et 299€ par mois selon les besoins. Sur un an, ça représente 108€ à 3 588€. En auto-hébergeant Make sur un VPS Hostinger à 8€/mois, on ramène la facture annuelle à 96€ — soit une économie de 88% à 97% selon votre plan actuel.
L’auto-hébergement apporte trois avantages majeurs : le contrôle total de vos données (crucial pour la conformité RGPD), l’indépendance vis-à-vis des hausses tarifaires arbitraires, et des économies substantielles à long terme. Pour une PME qui automatise sa facturation, sa gestion client et ses campagnes marketing, le ROI se calcule en semaines.
Ce tutoriel s’adresse aux équipes IT de PME ayant des bases en administration système Linux et Docker. Si vous savez vous connecter en SSH et éditer un fichier de configuration, vous êtes prêt.
Prérequis techniques et préparation
Avant de démarrer, assurez-vous de maîtriser les bases de Docker, la ligne de commande Linux et les concepts réseau basiques (ports, DNS, reverse proxy). Pas besoin d’être expert, mais vous devez être à l’aise avec un terminal.
Pour le VPS, trois options se démarquent pour les PME françaises :
| Fournisseur | Prix/mois | RAM | vCPU | Stockage | Avantage |
|---|---|---|---|---|---|
| Hostinger | 8€ | 4 GB | 2 | 50 GB SSD | Support FR, simplicité |
| OVH | 7€ | 2 GB | 1 | 20 GB SSD | Datacenter FR, RGPD |
| Scaleway | 11€ | 4 GB | 2 | 40 GB SSD | Performance, API avancée |
On va utiliser Hostinger dans ce tutoriel pour son rapport qualité-prix et son support francophone.
Côté logiciel, vous aurez besoin de Docker (version 24.0+), Docker Compose (version 2.20+) et Git. On installera tout ça dans les prochaines étapes.
Étape 1 : Provisionner et sécuriser votre VPS
Connectez-vous à votre compte Hostinger et créez un nouveau VPS avec Ubuntu 22.04 LTS. Choisissez l’offre à 8€/mois (4 GB RAM, 2 vCPU). Le déploiement prend 2 à 3 minutes.
Une fois le VPS actif, récupérez l’IP publique et connectez-vous en SSH avec le mot de passe root fourni :
ssh root@votre_ip_vpsPremière étape critique : créer un utilisateur non-root pour éviter de travailler avec des privilèges superflus.
adduser makeadminusermod -aG sudo makeadminDéconnectez-vous et reconnectez-vous avec le nouvel utilisateur :
ssh makeadmin@votre_ip_vpsMaintenant, sécurisons le serveur avec UFW (Uncomplicated Firewall) :
sudo ufw default deny incomingsudo ufw default allow outgoingsudo ufw allow sshsudo ufw allow 80/tcpsudo ufw allow 443/tcpsudo ufw enableInstallez les mises à jour système et fail2ban pour bloquer les tentatives de brute force SSH :
sudo apt update && sudo apt upgrade -ysudo apt install fail2ban -ysudo systemctl enable fail2bansudo systemctl start fail2banVotre VPS est maintenant sécurisé. On peut passer à Docker.
Étape 2 : Installer Docker et Docker Compose
La façon la plus simple d’installer Docker sur Ubuntu est d’utiliser le script officiel :
curl -fsSL https://get.docker.com -o get-docker.shsudo sh get-docker.shCe script détecte automatiquement votre distribution et installe la dernière version stable de Docker. Vérifiez l’installation :
docker --version# Output attendu : Docker version 24.0.7, build afdd53bInstallez Docker Compose v2 (intégré au CLI Docker moderne) :
sudo apt install docker-compose-plugin -ydocker compose version# Output attendu : Docker Compose version v2.21.0Ajoutez votre utilisateur au groupe docker pour éviter de taper sudo à chaque commande :
sudo usermod -aG docker $USERnewgrp dockerTestez l’installation avec un conteneur hello-world :
docker run hello-worldSi vous voyez le message “Hello from Docker!”, votre installation fonctionne parfaitement. On peut déployer Make.
Étape 3 : Déployer Make avec Docker Compose
Créez un répertoire pour votre installation :
mkdir -p ~/make-automation && cd ~/make-automationCréez le fichier docker-compose.yml :
version: '3.8'
services: postgres: image: postgres:15-alpine container_name: make_postgres restart: unless-stopped environment: POSTGRES_USER: makeuser POSTGRES_PASSWORD: VotreMotDePasseSecurise123! POSTGRES_DB: makedb volumes: - postgres_data:/var/lib/postgresql/data networks: - make_network
redis: image: redis:7-alpine container_name: make_redis restart: unless-stopped networks: - make_network
n8n: image: n8nio/n8n:1.23.0 container_name: make_n8n restart: unless-stopped ports: - "5678:5678" environment: - N8N_BASIC_AUTH_ACTIVE=true - N8N_BASIC_AUTH_USER=admin - N8N_BASIC_AUTH_PASSWORD=VotreMotDePasseAdmin456! - N8N_HOST=automation.votredomaine.fr - N8N_PROTOCOL=https - N8N_PORT=5678 - WEBHOOK_URL=https://automation.votredomaine.fr/ - GENERIC_TIMEZONE=Europe/Paris - DB_TYPE=postgresdb - DB_POSTGRESDB_HOST=postgres - DB_POSTGRESDB_PORT=5432 - DB_POSTGRESDB_DATABASE=makedb - DB_POSTGRESDB_USER=makeuser - DB_POSTGRESDB_PASSWORD=VotreMotDePasseSecurise123! - EXECUTIONS_MODE=queue - QUEUE_BULL_REDIS_HOST=redis - QUEUE_BULL_REDIS_PORT=6379 volumes: - n8n_data:/home/node/.n8n depends_on: - postgres - redis networks: - make_network
volumes: postgres_data: n8n_data:
networks: make_network: driver: bridgeCe fichier configure trois services : PostgreSQL pour la persistance des workflows, Redis pour la gestion des files d’attente d’exécution, et n8n comme moteur d’automatisation.
VotreMotDePasseSecurise123! et VotreMotDePasseAdmin456! par des mots de passe forts générés aléatoirement. Utilisez openssl rand -base64 32 pour générer des mots de passe sécurisés. Lancez les conteneurs :
docker compose up -dVérifiez que tout fonctionne :
docker compose ps# Vous devriez voir 3 conteneurs "Up"
docker compose logs -f n8n# Vérifiez qu'il n'y a pas d'erreursn8n est maintenant accessible sur http://votre_ip_vps:5678. Mais on va sécuriser ça avec HTTPS.
Étape 4 : Configurer le reverse proxy et SSL avec Nginx
Installez Nginx :
sudo apt install nginx -ysudo systemctl enable nginxCréez le fichier de configuration pour votre domaine :
sudo nano /etc/nginx/sites-available/makeCollez cette configuration :
server { listen 80; server_name automation.votredomaine.fr;
location / { proxy_pass http://localhost:5678; proxy_http_version 1.1; proxy_set_header Upgrade $http_upgrade; proxy_set_header Connection 'upgrade'; proxy_set_header Host $host; proxy_set_header X-Real-IP $remote_addr; proxy_set_header X-Forwarded-For $proxy_add_x_forwarded_for; proxy_set_header X-Forwarded-Proto $scheme; proxy_cache_bypass $http_upgrade;
# Support des webhooks et SSE proxy_buffering off; proxy_read_timeout 3600s; proxy_send_timeout 3600s; }}Activez la configuration :
sudo ln -s /etc/nginx/sites-available/make /etc/nginx/sites-enabled/sudo nginx -tsudo systemctl reload nginxInstallez Certbot pour les certificats SSL gratuits Let’s Encrypt :
sudo apt install certbot python3-certbot-nginx -ysudo certbot --nginx -d automation.votredomaine.frCertbot configure automatiquement le HTTPS et crée un cron job pour le renouvellement automatique des certificats. Testez l’accès à https://automation.votredomaine.fr — vous devriez voir l’interface de connexion n8n.
Étape 5 : Configuration initiale et migration des workflows
Connectez-vous à https://automation.votredomaine.fr avec les identifiants configurés dans docker-compose.yml (admin / VotreMotDePasseAdmin456!).
Première connexion : n8n vous demande de créer un compte propriétaire. Utilisez votre email professionnel et un mot de passe fort. Ce compte aura tous les privilèges administrateur.
Pour ajouter des utilisateurs supplémentaires, allez dans Settings > Users et créez des comptes avec les permissions appropriées (Owner, Member, ou Viewer selon les besoins).
Si vous migrez depuis Make cloud, exportez vos scénarios au format JSON depuis l’interface Make, puis importez-les dans n8n via Workflows > Import from File. n8n supporte la plupart des intégrations Make (Google Sheets, Slack, Airtable, HubSpot, etc.).
Créez votre premier workflow de test :
- Cliquez sur Add Workflow
- Ajoutez un nœud Webhook comme déclencheur
- Ajoutez un nœud Slack pour envoyer une notification
- Configurez vos credentials Slack (OAuth2 ou Token)
- Activez le workflow
Testez le webhook avec curl :
curl -X POST https://automation.votredomaine.fr/webhook/test \ -H "Content-Type: application/json" \ -d '{"message": "Test depuis VPS"}'Vous devriez recevoir une notification Slack. Votre instance est opérationnelle.
Pour les sauvegardes, configurez un cron job qui exporte la base PostgreSQL quotidiennement :
crontab -e# Ajoutez cette ligne :0 3 * * * docker exec make_postgres pg_dump -U makeuser makedb > ~/backups/makedb_$(date +\%Y\%m\%d).sqlConclusion et optimisations futures
Récapitulons les économies : un abonnement Make Pro à 29€/mois coûte 348€/an. Votre VPS Hostinger à 8€/mois revient à 96€/an. Économie annuelle : 252€ (72%). Pour un plan Teams à 299€/mois, l’économie grimpe à 3 492€/an (97%).
Le ROI est immédiat dès le premier mois. Sur 12 mois, vous récupérez votre investissement temps (environ 4h de setup) dès le deuxième mois.
Prochaines étapes pour professionnaliser votre installation :
- Monitoring avec Grafana et Prometheus pour surveiller les performances
- Sauvegardes automatisées vers S3 avec chiffrement
- Scaling horizontal avec plusieurs workers n8n derrière un load balancer
- Alertes Slack/email en cas de workflow échoué
Pour la maintenance, prévoyez 30 minutes par mois : mises à jour Docker (docker compose pull && docker compose up -d), vérification des logs, surveillance de l’espace disque.
Ressources complémentaires : la documentation n8n est excellente, et la communauté self-hosting très active.
Si vos besoins d’automatisation dépassent 100 workflows actifs ou nécessitent du traitement temps réel complexe, considérez n8n comme alternative à Make. C’est exactement ce qu’on a déployé ici, et c’est parfaitement adapté aux PME.
Dans un prochain article, on verra comment intégrer des agents IA à vos workflows n8n pour automatiser la qualification de leads avec GPT-4 et Qdrant.
Besoin d’aide pour déployer votre infrastructure d’automatisation ? Chez Kodixar, j’accompagne les PME françaises dans leur transition vers l’auto-hébergement et l’optimisation des coûts IT.